Au cœur des trois provinces ?

Pourquoi donc « Art’Hist au cœur des trois provinces » ?

Notre association rassemble des adhérents habitant la vallée du Cher, venant d’une vingtaine de km autour de Saint-Aignan.

Or, ce très joli coin de France est depuis des siècles à la limite de plusieurs régions politiques :

Du temps des gaulois.

À l’ouest et au sud-ouest de Saint-Aignan, commençait le territoire de la tribu gauloise des Turons -d’où ‘tourangeaux’ et ‘Touraine’ en français actuel.

Depuis Saint-Aignan, vers l’est et le sud-est, s’étendait le pays des Bituriges -d’où ‘berrichons’ et ‘Berry’ en français moderne.

Enfin, au nord, depuis la rive droite du Cher ou ses environs, commençait le pays des Carnutes, grande nation gauloise divisée sous la Rome impériale en deux parties, celle qui nous concerne étant les carnotii aureliensis, c’est à dire dépendant de la ville d’Aurélien, nouveau nom de Genabo/Genabum, d’où vient le nom de l’actuelle Orléans.
D’où l’ancienne Province de l’Orléanais, qui sera administrativement plus vaste encore, bien moins vécue comme un terroir uni.

Ces frontières entre tribus ne consistaient pas en lignes nettes, mais en zones de moindre droit, de moindre présence politique, territoires à la revendication incertaine. Des « zones tampons », en somme, comme le seront plus tard les « Marches » carolingiennes aux frontières.

Du moyen-âge à la révolution.

Cette logique va durer. Aux temps des rois des Francs en Gaules, puis des rois de France, notre coin de vallée restera disputé entre ces trois tribus devenues Provinces =

Touraine, Berry et Orléanais.

On s’y affronte entre grands féodaux. Ainsi, le 1è lieu-dit à l’ouest de Saint-Aignan s’appelle-t-il « le désert » : Il marque un lieu délabré par les disputes et combats, et donc longtemps désert de prospérité et d’habitats pérennes.

C’est pour cela qu’une ancienne île entre Saint-Aignan et Noyers, juste à l’ouest de l’île principale actuelle, s’est appelée jusqu’à sa disparition à la fin du 20è siècle, « île des trois évêques ».
Son utilité venait de ce qu’elle n’appartenait clairement à aucune province, vraie (toute petite) terre neutre. Aussi servait-elle de lieu de négociations.
En effet, les évêques de Tours (Touraine), de Bourges (Berry) et d’Orléans (Orléanais) venaient, sur ce bout de terrain neutre, y régler les différents de droit canon, d’impôt ecclésiastique, ou de droit civil, causés par cette incertitude d’appartenance politique. Rappelons que l’Église avait assumé le pouvoir administratif après 476 (fin de l’Empire Romain d’Occident), ce qui explique son poids longtemps présent dans les affaires civiles.

Depuis 1791.
Notre même terre reste toujours partagée… entre trois départements cette fois !

L’Indre-et-Loire -plutôt ‘turonne’ (Touraine), L’Indre -plutôt ‘biturige’ (Berry)- et le Loir-et-Cher -plutôt ‘carnute’ (Orléanais).
À l’occasion de la création de ces départements, certaines communes ont administrativement « changé de camp ». Mais la réalité demeure. Par exemple, c’est pour cela qu’il reste difficile de faire venir chez nous la TV régionale : Laquelle doit venir !? « Vous ne dépendez pas de nous ».

Quoique diminué, subsiste encore ce sentiment de différence, qui se marque par une moindre fréquentation des communes ne relevant pas du même vieil ensemble d’origine. La limite marquée par le Cher raviva une partie de cette différence lors de l’occupation, où un très long tronçon de cours d’eau servit de frontière entre zone occupée et zone ‘nono’, alias non occupée ou ‘libre’.

Et voilà. Notre association, elle rassemble et dynamise par dessus cet héritage là, et crée du lien, et de la convivialité.
Pour que ce croisement de 3 provinces devienne une triple chance…
Mais ça, c’est notre histoire présente
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Jean-François MARTINE

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